Les légendes dans la Manche

Zones marécageuses, landes brumeuses, hameaux isolés, côtes balayées par les marées, grottes difficilement accessibles sont autant de lieux propices aux apparitions surnaturelles. De plus, les cultures se mêlent entre les légendes celtes, la mythologie nordique et les miracles chrétiens et duels aristocratiques, dans une tradition orale qui les transforme au gré des conteurs. Dragon païen, goublins facétieux, dames blanches maléfiques, nobles avides de pouvoir ou de terres, les légendes sont alors nombreuses dans les villages du département, chaque paroisse ayant probablement la sienne. Jean Fleury, à la fin du XIXe siècle, constatait déjà avec regret que nombre de ces histoires étaient perdues. Il en transcrivit quelques unes, précieux outil qui a permis à Sainte Colombe ou aux oies de Pirou de traverser le XXe siècle sans dépérir.

Les Goublins :

Les goublins (ou gobelins) sont les elfes et nains de la mythologie scandinave, et les lutins celtes. Esprits de la nature, se métamorphosant en animaux familiers, ils sont facétieux mais plutôt bienveillants tant qu'ils sont choyés. Sans quoi, les maisons "goublinées" s'animent la nuit, leurs portes claquent, les bruits de vaisselles cassées résonnent, sans qu'aucune trace ne subsiste le lendemain matin. Ils peuvent également être les gardiens d'un trésor.

Pour Duméril, le mot dérive du grec χόξαλος, ou de l'allemand kobold. Selon Louis Du Bois, le terme viendrait du latin gabbatina, plaisanterie, ou serait une altération du gobilin celto-breton.

Les Géants :
Les géants permettent d'expliquer des curiosités locales, comme la présence de roches qui paraîssent avoir été posées là. Gargantua est le plus célèbre.

Les Sorcières :
Comme ailleurs durant le Moyen-Âge, on a vu des sorcières partout dans la Manche, magicienne comme la dame de Gruchy, ou procès à charge, tel celui de Marie Bucaille.



La Fosse Arthour (Mortain) :

Le roi Arthur, après sa disparition, se réfugia dans la Chambre du Roi, et sa fidèle compagne, la reine Genièvre, trouva un asile dans la Chambre de la Reine, dont une entrée secrète était connue d'Arthur seul. Mais l'arrêt de la fée puissante qui le protégeait, et avait présidé à sa naissance, avait ordonné qu'il ne pourrait rendre visite à son épouse qu'après la disparition du soleil derrière la montagne voisine.
Arthur obéit d'abord à cet arrêt sévère mais sa profonde tendresse pour celle qui n'avait pas voulu l'abandonner le lui fit bientôt oublier.
Une fois, et sans attendre le coucher du soleil, il descendit de sa retraite inaccessible, et alla rejoindre Genièvre. Il continua ses visites, mais une punition terrible lui était réservée.

Un jour qu'il venait de quitter sa compagne et traversait le ravin, un bruit inusité vint exciter sa surprise, et le fit se retourner. C'était le torrent grossi, fougueux, menaçant, qu'il vit accourir et se précipiter vers lui, grondant et mugissant. En un instant, l'onde perfide l'entoure de ses flots tumultueux, et monte, monte toujours. Le prince essaie de lutter contre l'irrésistible courant, se débat avec le courage du désespoir contre les étreintes de la mort.
Vains efforts ! Sa dernière heure a sonné ; le torrent entraîne et engloutit dans les profondeurs du gouffre l'amant infortuné. Du seuil de sa grotte, Genièvre a suivi avec une affreuse angoisse les péripéties de la lutte ; elle voit son époux disparaître, elle ne veut pas lui survivre ; et, se précipitant du haut de la roche, va le rejoindre dans l'abîme.
On affirme qu'autrefois, deux corbeaux, aussi blancs que des cygnes, venaient planer lentement et mélancoliquement chaque jour au dessus du gouffre, tombeau des deux amants. Leur aire était établi dans un creux du rocher, et les laboureurs les respectaient, car ils protégeaient les moissons des champs d'alentour contre les oiseaux du ciel.
Un soir, ils prirent leur volée vers l'horizon lointain, disparurent, et depuis nul ne les a revus. On raconte encore qu'au bon vieux temps, celui qui ne pouvait suffire à ses labours, allait demander aide sur le bord de la fosse Arthour, en ayant soin d'y déposer une piécette blanche.
Le lendemain matin, il voyait sortir de l'eau deux taureaux noirs qu'il emmenait, et qui se montraient infatigables au travail durant la journée toute entière. Il fallait les ramener au bord de la fosse à la tombée de la nuit, et ne pas oublier de leur attacher une botte de foin entre les cornes. Arrivés au bord de l'eau ils prenaient leur élan, et plongeant, regagnaient leur humide demeure.

 

Beaucoup d'autres légendes vous attendent sur ces terres pleines d'histoires.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :